Dans ce numéro de Zoom Afrique :
L’actualité en Afrique :
Les analyses de la rédaction :
Côte d’Ivoire : la mission de Castaner ?
Le ministre de l’intérieur français, Christophe Castaner, est en visite en Afrique jusqu’au mardi 21 mai. Il s’est entretenu, à Abidjan, avec le président ivoirien Alassane Ouattara, notamment pour aborder la sempiternelle question de terrorisme et le récurrent dossier de l’immigration. « Le risque (terroriste) existe partout, […] il a frappé en France et en Côte d’Ivoire » a affirmé le ministre mettant l’accent sur « la coopération sur le renseignement », à l’issue d’un entretien avec le président ivoirien Alassane Ouattara.
Au chapitre de l’immigration, Castaner n’y est pas allé par quatre chemins : alors que des milliers de Français vivent en Côte d’Ivoire, Castaner a affirmé sans aucun tabou qu’il y avait « trop d’Ivoiriens qui viennent en France sans droit ni titre ». Castaner a eu toutefois le culot d’ajouter qu’il fallait aider le pays à se développer plutôt que de laisser les jeunes « imaginer qu’il existe des eldorados européens ». Mais la visite de Castaner l’a aussi mené sur le chantier de ce que la France appelle des académies militaires ou comme vous voulez, académie contre le terrorisme. L’idée a été annoncée lors de la tournée de Le Drian en octobre. Très bizarrement, Christophe Castaner a enchaîné les visites, pour découvrir notamment deux nouvelles unités : le Groupe d’action rapide chargé de contrôler les frontières et la Division nationale de lutte contre le trafic des migrants. Pour les observateurs qui se rappellent de la mise en scène que fut la libération des otages occidentaux au Burkina, cet intérêt du ministre français pour les forces d’intervention ivoiriennes est bien compréhensible. Rapelosn que cette fameuse opération a fait deux morts côté forces françaises et plus de 10 morts cotés soldats africains. Il y a peu le Qao d’Orsay se félicitait de la montée ne puissance de l’armée ivoirienne. Croyee vous qu’il faisait l’éloge des capacités de cette armée à défendre la Côte d’Ivoire ? Bien sûr que non : lisons son communiqué : « En décidant d’augmenter considérablement sa présence militaire antiterroriste au Mali, la Côte d’Ivoire confirme le rôle sécuritaire décisif qu’elle entend jouer dans la région. Une politique volontariste qui s’appuie sur des investissements importants et une réforme de son armée. » On se rappelle comment en 2009 l’armée de l’air ivoirienne et sa base ont été bombardées par les chasseurs français. Les académies antiterroristes à la française en Côte d’Ivoire visent dont à former des « mercenaires africains » aptes à servir la cause colonialiste.
Mali : de nouveaux radars pour espionner l’Algérie ?
Les forces Barkhane continuent de déployer du matériel sophistiqué dans le Sahel. Et pourquoi faire ? Pour se battre contre le terrorisme ? Alors que cette sempiternelle guerre touche désormais le nord le centre et le sud du Mali, elle fournit le prétexte nécessaire au déploiement de toutes sortes de troupes et d’armements inouïs au Sahel. Après les Mirage 2000, les missiles à moyenne portée MMA, la Direction générale de l’armement a annoncé qu’elle avait livré à l’armée de Terre, durant le premier trimestre, 13 premiers radars de surveillance tactique légers MURIN [Moyen de surveillance utilisant un radar d’observation des intervalles], sur les 30 commandés en décembre 2015. Pour surveiller qui ? On aura du mal de croire que ce vaste arsenal vise à traquer d’obscures terroristes qui surgissent du néant pour disparaître aussitôt. Au Sahel, les USA et leurs supplétifs que sont la France, Israël et autres, cherchent à pérenniser leur présence et à se servir de la région comme d’une base arrière pour des opérations de conquête et d’endiguement. Le Sahel est tout près de l’Algérie et non loin de la Libye, soit des zones bien sensibles en ce moment. D’une portée de 300 m à 25 km, il permet d’assurer une surveillance à 360 ° et de détecter tout ce qui roule ou vole dans un rayon de 24 km [et à 500 m d’altitude] ainsi que des piétons [à 12 km de distance], les nouveaux radars font bien l’affaire. Mais il y a plus. Le Mali est enclin à une crise majeure depuis l’arrivée des troupes d’occupation. Les graves exactions commises contre les Peuls. Le nouveau drame d’Arbinda survient après celui d’Ogossagou au centre du Mali, le 23 mars 2019, où plus de 160 Peuls ont été assassinés par un groupe armé qui était déguisé comme des Dogons. La plus grande manœuvre des Occidentaux c’est de monter les ethnies différents les un contre les autres et d’arriver ainsi à un démembrement du pays. Une surveillance accrue des activités de la population s’impose. Surtout que pour la première fois depuis le début de l’occupation, les Maliens commencent à manifester contre le G5 Sahel. Les habitants de Bamako ont entamé, ce mercredi 22 mai, un sit-in pour protester contre l’installation dans la capitale malienne du nouveau QG du G5 Sahel. Le QG de cette force lancée en 2017 par le G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) à Sévaré, dans le centre du Mali, a été frappé le 29 juin dernier par une attaque armée et déménagé par la suite à Badalabougou, un quartier de Bamako. Après avoir barré la route menant au QG, situé au pied d’une colline, les manifestants ont installé une habitation de fortune devant l’entrée. C’est un geste bien significatif : les Maliens ne sont pas dupe : le G5 Sahel, concocté par la France et les USA, est à l’origine de l’insécurité. Dans le Nord, il a semé la violence et la mort, et dans le Centre aussi. « Nous ne voulons pas du G5 ici. Leur objectif est de lutter contre les terroristes. Ils n’ont qu’à prendre la direction du nord du Mali, et non venir rester à Bamako », a déclaré à la presse Mariam Keïta, représentante des femmes de militaires maliens, et l’une des organisatrices du sit-in.
Le hic, c’est qu’il n’est jamais question de lutter contre le terrorisme, mais plutôt de provoquer des tueries dans le nord dans le but de faire capituler la population et le gouvernement, et provoquer ainsi le démembrement du Grand Mali. La résistance s’étend de plus en plus, cette manifestation le prouve. Les Maliens ne veulent pas rentrer dans le jeu de duperie que l’occident veut absolument leur faire croire.
RCA : le gouvernement pro-russe résistera aux coups bas français ?
Analyse du géopoliticien Luc Michel.